La guerre est une expérience traumatique de grande ampleur. Bombardements, exil forcé, séparation familiale, deuils multiples, incertitude constante sur l’avenir — les réfugiés ukrainiens portent des blessures psychologiques souvent invisibles mais réelles. En France, des ressources existent pour les accompagner. Les connaître est essentiel, que vous soyez réfugié vous-même ou que vous souhaitiez aider.
Comprendre le trauma de guerre
Le trauma de guerre est différent des traumatismes ordinaires par son caractère collectif, répété et intentionnel. Il ne s’agit pas d’un accident — c’est une violence délibérée exercée sur une population entière. Cette dimension politique et collective du trauma a des conséquences spécifiques sur la santé mentale.
Les manifestations les plus courantes :
- Syndrome de stress post-traumatique (PTSD) : flashbacks, cauchemars, hypervigilance, évitement
- Dépression réactionnelle : tristesse profonde, perte de sens, difficultés à se projeter dans l’avenir
- Troubles anxieux : angoisses, attaques de panique, peur du bruit, des foules, des espaces ouverts
- Deuil compliqué : perte de proches, perte du pays, perte de l’identité sociale et professionnelle
- Troubles dissociatifs : sentiment de détachement de soi ou de la réalité
Ces réactions ne sont pas des signes de faiblesse — ce sont des réponses normales à des situations anormales. Mais elles nécessitent un accompagnement pour ne pas s’installer durablement.
Facteurs de résilience identifiés :
La recherche sur les populations réfugiées montre que la résilience repose sur quelques éléments clés : la stabilité du logement, l’accès à l’emploi ou à une activité significative, le maintien des liens familiaux et communautaires, et l’accès à la culture et à la langue d’origine. Ce sont ces éléments que les structures d’accueil cherchent à préserver.

Le PTSD chez les enfants : signes et réponses
Les enfants sont particulièrement vulnérables au trauma de guerre, mais ils l’expriment différemment des adultes. Reconnaître les signes précoces permet d’intervenir avant que les symptômes ne s’installent.
Signes d’alerte selon l’âge :
Moins de 6 ans :
- Régression (reprendre le biberon, parler bébé, énurésie nocturne réapparue)
- Cauchemars fréquents, peurs nocturnes
- Agrippement excessif aux adultes de référence
- Jeux répétitifs mettant en scène la guerre ou des destructions
6-12 ans :
- Difficultés de concentration à l’école
- Repli sur soi ou au contraire agressivité accrue
- Plaintes somatiques (maux de ventre, maux de tête sans cause organique)
- Perte d’intérêt pour les activités habituelles
Adolescents :
- Sentiment de culpabilité d’être « en sécurité » alors que d’autres souffrent
- Comportements à risque
- Isolement social, refus scolaire
- Discours nihilistes sur l’avenir
Ce qui aide les enfants :
La stabilité et la prévisibilité sont les premiers médicaments. Des repas à heure fixe, une chambre à soi, une routine scolaire régulière, des activités sportives ou artistiques — tout ce qui donne des repères et un sentiment de contrôle sur son environnement.
Les services de soutien psychologique disponibles en France
1. Les Centres Médico-Psycho-Pédagogiques (CMPP)
Les CMPP offrent un suivi psychologique gratuit aux enfants et adolescents (jusqu’à 20 ans). Ils sont accessibles sans assurance maladie et peuvent accueillir des enfants non francophones avec interprète. La liste des CMPP est disponible sur le site de la CNSA (Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie).
2. Les Centres de Soins Psychotraumatologiques (CSPT)
Des centres spécialisés dans le traitement du trauma existent dans plusieurs grandes villes françaises (Paris, Lyon, Marseille, Strasbourg…). Ils proposent des thérapies adaptées au traumatisme complexe : EMDR, thérapie cognitive basée sur la pleine conscience, thérapie sensorimotrice.
3. Médecins du Monde — Programme santé mentale
Médecins du Monde dispose d’équipes spécialisées en santé mentale qui interviennent auprès des populations migrantes et réfugiées. Les consultations sont gratuites et disponibles dans plusieurs villes françaises. Des interprètes en ukrainien sont disponibles dans certains centres.
4. Médecins Sans Frontières (MSF)
MSF propose des consultations de santé mentale dans le cadre de ses programmes pour les réfugiés. Bien que MSF soit surtout connu pour ses interventions en Ukraine, l’organisation intervient également en France pour les populations les plus vulnérables.
Lignes d’écoute et ressources en ukrainien
La barrière de la langue est un obstacle majeur à l’accès aux soins psychologiques. Des ressources en ukrainien existent.
Lignes d’écoute disponibles :
- 3114 : numéro national de prévention du suicide, disponible 24h/24, avec possibilité de demander un interprète ukrainien
- 3919 : violences faites aux femmes (si trauma lié à des violences), avec service d’interprétation
- Des associations ukrainiennes gèrent également des lignes d’écoute communautaires — renseignez-vous auprès de France Ukraine ou des associations locales
Applications et ressources en ligne en ukrainien :
Des psychologues ukrainiens en exil proposent des consultations en ligne (vidéo) en ukrainien. Ces services, souvent organisés par des associations de psychologues bénévoles, permettent aux réfugiés de recevoir un soutien dans leur langue maternelle sans se déplacer.
L’importance de la langue maternelle :
Les psychologues spécialisés en traumatologie interculturelle insistent sur ce point : le traitement du trauma est plus efficace dans la langue dans laquelle le trauma a été vécu. Parler de sa souffrance en ukrainien n’est pas un caprice culturel — c’est une nécessité thérapeutique.

Comment aider sans être professionnel de santé mentale
L’entourage — hébergeurs, bénévoles, voisins, collègues — joue un rôle essentiel dans le rétablissement psychologique des réfugiés ukrainiens. Voici ce que vous pouvez faire, sans formation spécifique.
Les gestes qui aident :
- Écouter sans juger : ne pas minimiser la souffrance (« vous êtes en sécurité maintenant »), ne pas comparer les traumatismes, ne pas demander de détails sur les violences subies
- Maintenir la normalité : inviter à partager un repas, proposer des activités du quotidien, traiter la personne comme un égal plutôt qu’une victime
- Respecter le rythme : ne pas forcer les confidences, laisser la personne décider quand et comment elle parle de ce qu’elle a vécu
- Être fiable et constant : les personnes traumatisées ont besoin de pouvoir compter sur quelqu’un. La régularité et la fiabilité valent plus que des gestes spectaculaires et ponctuels
Les gestes à éviter :
- Forcer la personne à « positiver » ou à « regarder de l’avant »
- Partager des informations de guerre devant des enfants ou sans demander si la personne est prête à les entendre
- Prendre des photos ou vidéos sans consentement explicite
- Parler au nom de la personne ou décider pour elle de ce qui est bon pour elle
Quand orienter vers un professionnel :
Si vous observez des signes persistants de détresse (pleurs incontrôlables, refus de s’alimenter, discours suicidaires, automutilation, déconnexion de la réalité), ne restez pas seul avec la situation. Orientez vers le médecin traitant, le 3114 ou une association spécialisée.
Les groupes de soutien communautaires
Au-delà du suivi individuel, les groupes de parole et les espaces communautaires jouent un rôle thérapeutique reconnu. Se retrouver entre personnes qui ont vécu des expériences similaires, dans sa propre langue, est une forme puissante de soutien.
Ce que proposent les communautés ukrainiennes :
La diaspora ukrainienne en France organise régulièrement des espaces informels de rencontre — cafés communautaires, événements culturels, cours de langue — qui servent aussi de lieux de parole et de reconnaissance mutuelle.
Certaines associations ont formalisé ces espaces en groupes de parole structurés, animés par des psychologues bénévoles. Ces groupes ne remplacent pas une thérapie individuelle mais ils constituent un premier pas essentiel pour des personnes qui n’auraient jamais consulté seules.
L’approche par la culture :
Les arts — musique, danse, artisanat, cuisine — sont des vecteurs thérapeutiques reconnus. Les associations culturelles ukrainiennes en France proposent souvent des ateliers qui permettent d’exprimer et de traiter des émotions difficiles dans un cadre sécurisant. Le borchtch, inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO en 2022 comme spécialité ukrainienne, fait partie de ces ancrages culturels précieux que les associations cherchent à préserver.